Un esperanto pour les robots

La première plate-forme universelle de programmation de robots est née en France. Elle s'appelle Urbi et vient d'une société parisienne, Gostai, créée par Jean-Christophe Baillie. Interview.


Comment en êtes-vous venu à créer Urbi ?
Je suis passionné de robotique (j'ai fait une thèse au Sony Computer Labs à Paris) et programmé des robots avec Intelligence Artificielle. Il y un an, j'ai fondé Gostai pour promouvoir la technologie que j'avais développée : une plate-forme universelle de programmation de robots. Je me suis donné comme objectif qu'Urbi puisse programmer toutes sortes de robots, jusqu'à ceux allant sur Mars.

Quel est l'intérêt d'avoir un OS universel pour les robots ?
Quand on commence à avoir des centaines de robots capables de faire des choses hyperdifférentes, comme c'est le cas au Japon, il n'est pas possible de réinventer la roue à chaque fois.

Un OS universel est-il une condition préalable au décollage du marché ?
Les possibilités des robots semblent comme infinies mais, pour l'heure, si j'ai un Aibo, il a son propre programme et l'on ne peut aller au-delà de que ce que Sony offre. Avec Urbi, un robot a plus de valeur, puisqu'il peut accomplir d'autres choses. Dans le monde, 25 laboratoires ont acheté Urbi, dont Honda, avec son humanoïde Asimo.

Quelles sont les applications déjà réalisées avec Urbi ?
Nous avons un outil pour faire danser n'importe quel robot, un autre pour créer des comportements : par exemple, quand le robot voit une balle, il s'en approche ; si quelqu'un bouge la balle, il la suit du regard. Une autre application permet de programmer un robot avec son téléphone et elle fonctionne avec n'importe quel type de robot. Nous avons d'autres applications dont je ne peux parler et qui seront à même de séduire à très grande échelle le public.

Comme le robot qui saura laver la vaisselle ?
Non, ça, c'est un problème infiniment complexe avec nos connaissances actuelles de robotique. Si le robot casse une assiette ne serait ce qu'une fois sur cent, vous n'allez pas l'utiliser. Or, on ne sait pas encore atteindre une telle fiabilité. Cela dit, nous avons déjà la possibilité pour un robot de vous reconnaître et donc des applications comme la surveillance de personnes âgées.

Microsoft et EA commencent à s'intéresser à la robotique. Quel peut être le poids d'une édition française face à de tels géants ?
Cela n'a pas de sens. Nous ne pouvons pas nous positionner comme concurrent de Microsoft, nous proposons plutôt un “couche supplémentaire” au système, comme le fait Java sur le Web. Urbi fonctionne sous Windows, sous MacOs ou sous Linux. Il tourne sur l'Aibo, sur les Mindstorms de Lego, sur l'aspirateur programmable de iRobot. Il se trouve aussi que nous avons conçu un langage très simple, qui s'adresse aussi bien aux chercheurs qu'aux néophytes : nous avons eu des gamins de 12 ans qui ont fait danser leur Aibo avec ce langage. D'ailleurs, ce qui se passe aujourd'hui me rappelle ce qui se passait quand j'étais gamin et achetais un ordinateur pour écrire des jeux. De nos jours, les jeunes font de même avec les robots !